Mariage remis à plus tôt

Au détour d’un acte…

L’acte avait été dressé à l’avance, comme cela est indiqué dans une mention marginale, et portait, à l’origine, la date prévue pour la célébration du mariage, soit le trente juillet – deux mots rayés – de « l’an mil huit cent soixante neuf ». Mais les circonstances ont fait que Pierre René Quélain et Jeanne Perrine Robin ont été « unis dans le mariage» presque un mois plus tôt, dès le premier juillet.

C’est l’état de santé de la promise qui a précipité les choses. La veille, le trente juin à huit heures du soir, elle a accouché d’un enfant, Pierre, dont la naissance a été déclaré, et qui a été présenté au maire et officier de l’état-civil de la commune, le premier juillet à cinq heures du matin par le père de l’accouchée, Jean Marie Robin. L’enfant est enregistré sous le nom de famille de sa mère comme la grande majorité des enfants nés hors mariage. Le nouveau-né n’a pas respecté le calendrier prévu, il est sans doute prématuré, à moins que les parents aient mal calculé… Toujours est-il que la célébration du mariage s’en est trouvé avancée.

La date sur l’acte d’état-civil a été modifiée, mais pas l’heure, six heures du matin. Si le mariage a bien eu lieu à l’heure dite, c’est tout juste une heure après la déclaration de naissance de l’enfant.

Dans l’acte, la phrase « sont comparus publiquement en notre Mairie, les portes étant ouvertes » a été barrée et remplacée par le renvoi en marge suivant : « Vu le certificat délivré le premier juillet présente année par M. Paris Auguste médecin, constatant que Robin Jeanne Perrine domestique agricole qui se propose de contracter mariage ne pourrait sans un grave danger se transporter ou être transportée à la Mairie nous nous sommes rendus dans le domicile dudit futur à la Croix d’Emont – au rez-de-chaussée de sa maison les portes étant ouvertes et le public admis, ont été présents devant nous »

On peut noter au passage que les promis cohabitent avant leur mariage. Lui est cultivateur, elle domestique agricole. On peut imaginer que la grossesse ait été ce qui a provoqué le mariage, mais n’en est sans doute pas la seule raison. Lui, est veuf depuis deux ans et a à sa charge cinq ou six enfants survivants de son premier mariage dont certains encore jeunes, et que le remariage des veufs est un motif habituel. Elle, est célibataire, plus très jeune (trente-quatre ans) et ce mariage peut-être une manière d’assurer sa sécurité matérielle.

Quoiqu’il en soit, le premier juillet 1869, la future épouse est alitée, trop mal pour se déplacer ou être déplacée jusqu’à la mairie. L’accouchement s’est peut-être mal passé, le travail a pu être déclenché accidentellement, par une chute, une trop grande fatigue… Une autre mention marginale indique qu’un contrat de mariage a été rédigé devant notaire le vingt-neuf juin, le jour de la naissance de l’enfant. Pour ce faire, les contractants ont dû se déplacer à l’étude notariale. Peut-être que son état nécessitait  alors qu’elle restât couchée…

Le maire s’est donc déplacé au domicile des futurs époux pour procéder dans l’urgence à la célébration de leur union qui se déroule dans les conditions requises : portes ouvertes et le public admis. Nul ne s’oppose à ce mariage. L’enfant, né de la veille, est légitimé dans la foulée. Même si la femme devait décéder des suites de l’accouchement, tout aura été fait dans les règles. L’honneur est sauf.

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